10h45
Qui c'est qui minore en géo ? C'est Camille.
Qui c'est qui minore en allemand ? C'est Camille.
Qui c'est qui minore en littérature ? C'est Camille.
Faites gaffe, vous lisez le blog d'une khâgneuse médiocre, ça pourrait vous salir.
Crions victoire, je touche enfin à ce qui m'a amené à hanter les couloirs d'un ancien couvent nantais
réhabilité en lycée de bourgeoisie de centre ville. Me cultiver, lire, profiter de ce qu'on m'offre, sans me soucier des notes, du classement. J'aime écouter les profs, aller en cours, travailler
la nuit et boire du café.
Alors, heureuse ?
Oui mais.
La prépa tue l'espoir. Je sais, ne me remerciez pas, j'ai trouvé ça toute seule.
Se lever le matin avec l'espoir d'avoir, par hasard, durant deux secondes, une pensée brillante, n'est plus
quelque chose d'envisageable. Il ne reste que l'écrasante supériorité de ceux qui pensent. Ils sont gentils, ils sont serviables, ils sont prêts à aider tout le monde, à partager leurs
recherches, leurs fiches, leurs méthodes. Ils réussissent. Eux.
Mais merde. C'est bien joli de se dire qu'il ne faut pas se comparer aux autres. Mais quand on est entouré de gens comme ça, on finit par se dire que c'est chez soi que quelque chose cloche.
Allez-y, vous, tous, tous les lundis après-midi, rendez-vous d'un pas guilleret, l'esprit serein et confiant, à la dissertation hebdomadaire, quand vous êtes persuadés (et que la suite des
évènements vous donne ensuite raison) que ce que vous allez rendre sera... mauvais. Et ce tous les lundis de l'année.
Depuis le temps, je devrais être habituée. Mais c'est le contraire. Puisque les mauvaises notes ne provoquent chez moi qu'un faible sourire résigné, je me dis : à quoi bon ? Je me vois déjà
rendre les armes. A quoi bon suer six heures sur une copie pour avoir 5 ? Pour la beauté du geste ?
Qu'on m'explique comment jouer le jeu du "j'y crois, c'est bon pour moi, peu importe les taules, j'essaye encore et encore, j'avance" jusqu'en juin ! Arriver avec le sourire et se dire qu'on
progresse. En perdant 4 points à chaque dissertation, mais que si si, on progresse pardi. Se prendre des coups de parpaing dans la gueule, se relever, faire un grand sourire et se dire
qu'on reviendra le lendemain, par ce que décidément, on a kiffé, ah ça, vive la culture !
Mais bon. Mon prof de français délire sur la Chartreuse de Parme en nous lançant des regards embués, et je me dis que malgré tout, je suis contente d'être là.
17h30
Et puis quand on s'y attend le moins, on se remet à y croire. Quand le prof d'allemand commence à parler positivement de nos commentaires, moi je suis pas
folle, je sais très bien qu'il parle des commentaires que les autres ont fait. Pas du mien. Je me mords la lèvre quand il commence à distribuer les copies corrigées, toujours accompagnées d'une
courte explication concernant la copie en particulier, toujours polie, gentille et respectueuse (PAS COMME L'AUTRE PSYCHORIGIDE NEVROSEE) mais.... énoncée à voix haute devant tous les
autres. Je retrouve la boule d'angoisse de la partie sud est de l'estomac, ma vieille copine, quand il se dirige vers moi. Et qu'il commence à m'expliquer qu'il y a de bonnes choses dans mon
commentaire, qu'il faut rectifier certains points grammaticaux dans la langue, inévitablement, mais que dans l'ensemble c'est très correct. Et que je contemple abasourdie le joli neuf tout rond,
tout plein de promesses.
Et que d'un seul coup, toute la fatigue d'une mauvaise journée de rentrée, pluvieuse, endurée de bout en bout le ventre vide s'envole. Et c'est bien.
Vous :